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Éruption du 4 juin 2003

Éruption du 4 juin 2003

Cinq jours après son éruption éclair le piton de la Fournaise fait à nouveau parler la poudre depuis le 4 juin .

” Nous avons constaté une poussée du trémor dans la soirée de mardi, indique Thomas Staudacher, directeur de l’observatoire, puis cela s’est calmé dans la nuit. Et à 11 h 20, il y a eu une augmentation brutale.” Les conditions météorologiques interdisant tout survol, une équipe de l’observatoire, dans laquelle figuraient trois étudiants de spécialités diverses actuellement en stage à La Réunion, a entrepris l’ascension du sommet pour en avoir le cœur net : “En arrivant sur le cratère Bory, le sommet du volcan, rien n’était audible puis nous avons entendu des vrombissements, des bruits de cascade, commentait hier soir l’un d’eux, avant de découvrir l’éruption de nos yeux en contournant peu à peu le sommet. Malgré le panache de vapeur et les gaz, nous avons pu voir des torrents de lave, des fontaines sortant du même point que la semaine dernière.” L’éruption avait pour théâtre, vendredi dernier déjà, la partie sud-ouest du cratère, qui mesure environ 900 m sur 700 m dans ses plus grandes dimensions. “Sauf que la lave, poursuit un autre membre de l’expédition, semble s’étaler cette fois sur une surface beaucoup plus importante, en direction de la paroi Est du cratère”.

La reprise d’activité a pour théâtre une zone du sommet affectée par un effondrement à la fin de l’éruption du mois de novembre dernier qui se situerait, selon certaines hypothèses, à l’aplomb d’un réservoir de magma situé au-dessus du niveau de la mer et qui serait à l’origine des différentes éruptions qui se sont succédé depuis le début de l’année 2000.

 

Samedi 7 juin : L’éruption sur le point de s’achever ?

 

Alors que le piton de la Fournaise aurait dû être à nouveau normalement accessible à compter de ce samedi matin, la fermeture de l’enclos a finalement été maintenue par la préfecture en raison d’une augmentation brutale de l’activité, vendredi en fin d’après-midi et par crainte d’une possible explosion à l’intérieur du cratère Dolomieu, un phénomène issu de la rencontre du magma et de masses d’eau provenant de la nappe phréatique. Mais dans la soirée, il semblait bien pourtant qu’on s’achemine vers la fin de l’éruption. En effet le trémor enregistré par le réseau de surveillance revenait à un niveau normal. Puis baissait graduellement au point d’atteindre, vers 22 h, un niveau très bas.

 

Un tiers du fond du cratère recouvert. Aussi, estimait hier soir Philippe Koawalski, directeur technique et scientifique de permanence pour la nuit, peut-on penser que le regain d’activité de l’après-midi était associé aux prémices d’une fin d’éruption, comme cela est le cas ces dernières années. Une sorte de baroud d’honneur du piton de la Fournaise, même s’il était un peu tôt vendredi soir pour l’affirmer. Dommage pour tout le monde, car l’éruption semblait bien stabilisée et offrait un joli spectacle. L’ONF avait d’ailleurs délimité hier matin un belvédère au bord du cratère Dolomieu en prévision de la réouverture de l’enclos aujourd’hui dès 6 h. Selon une reconnaissance de l’observatoire effectuée avec la section aérienne de la gendarmerie vendredi matin, la lave avait désormais recouvert environ un tiers de la surface du plancher du cratère Dolomieu, dans sa partie ouest.

 

Dimanche 8 juin : Dernière révérence du volcan ?

 

L’observatoire volcanologique a constaté dans la matinée du 8 juin la disparition progressive du trémor témoin de l’activité du piton de la Fournaise. L’éruption qui avait débuté le vendredi 30 mai par une phase éclair d’une durée de trois heures seulement, avant sa reprise spectaculaire, le mercredi 4 juin, n’aura donc bénéficié que d’un sursis semble-t-il.
A la veille du week-end de la Pentecôte, l’activité avait connu un brutal mais éphémère regain, avec l’émission d’un panache gris-noir qui avait conduit la préfecture à annuler la réouverture de l’enclos au public prévue samedi matin, par crainte d’un possible phénomène explosif dans le cratère Dolomieu, où se situe l’éruption. Mais rien de tel ne s’est produit et l’activité a en fait très rapidement décliné.

L’observatoire, quoiqu’il en soit, va maintenir une garde permanente jusqu’au mercredi 11juin matin. Car un examen approfondi des données enregistrées par le réseau de surveillance a montré que le volcan, après ces deux phases d’activité, ne s’est toujours pas “dégonflé”, comme cela se produit habituellement lorsque les éruptions puisent dans ses réserves de magma. Selon les scientifiques qui livraient une réflexion identique après l’éruption éclair du 30 mai, le piton de la Fournaise reste donc sous pression.

 

Vendredi 13 juin : NOUVELLE PHASE ERUPTIVE

 

“L’éruption a repris exactement au même endroit que lors des deux premières phases des 30 mai et 4 juin, souligne Thomas Staudacher, directeur de l’observatoire. C’est le même cône qui est à nouveau actif, alimenté par la même cheminée.” Des prélèvements ont été effectués dès vendredi matin, une équipe de l’observatoire ayant de toute façon prévu différentes opérations liées à l’entretien du réseau de surveillance, notamment dans la région du sommet. Ses membres décrivent des fontaines de lave atteignant parfois le bord du rempart du cratère Dolomieu, à plusieurs de 50 mètres de hauteur, plus actives que la semaine dernière.

Il faut dire que vendredi matin, à 3 h, “en sept minutes de temps, le trémor est monté à son maximum et à un niveau plus élevé que l’autre jour”, confirme Thomas Staudacher qui déclarait en fin d’après-midi : “Le trémor est stable depuis 4 heures du matin après un pic dans la première heure”, preuve de la bonne santé de l’éruption. Les coulées, dans un premier temps, avaient commencé à recouvrir les précédentes. L’activité visible de la phase du 4 juin avait pris fin dès samedi dernier, et l’observatoire avait enregistré un trémor jusqu’à dimanche matin, puis silence total. Mais dès mardi, une reprise de la sismicité était enregistrée, 71 événements au total. Avant un premier déclin mercredi puis un retour à une sismicité très faible jeudi, ce fameux calme qui précède la tempête, comme on se plaît parfois à le dire (notre édition d’hier).
Reste désormais à espérer une rapide réouverture de l’enclos pour que le public que l’on devine frustré puisse à son tour découvrir le spectacle.

 

Dimanche 15 juin : ERUPTION TERMINEE ?

 

On n’ose même plus dire que l’éruption est terminée : les frasques du piton de la Fournaise se poursuivent. Alors qu’il s’était une nouvelle fois réveillé, vendredi matin, pour la troisième fois en quinze jours, il s’est à nouveau brusquement tu, samedi soir. Un observateur présent au sommet du volcan a assisté, vers 21 h, aux dernières heures de cette phase d’activité : la lave a tout d’un coup afflué, envahissant une zone proche du cône en éruption à l’intérieur du cratère Dolomieu, avant un retour au calme progressif. Puis, vers 22 h 30, toute activité visible a cessé, “on entendait comme un souffle”, précise-t-il. L’observatoire volcanologique confirme la chronologie des événements. Des phénomènes de “gas pistons” (évacuation brutale des gaz, qui se traduit par des séismes, typique des fins d’éruption) ont été enregistrés vers 22 h, accompagnés d’une augmentation importante du trémor, qui n’a cessé de fluctuer dans la soirée, alors que l’activité visible avait, elle, bel et bien cessé. Le trémor a commencé à baisser avant de disparaître presque complètement avant le lever du jour.

Selon les scientifiques, une quatrième phase d’activité est plus que probable. À la verticale du site de l’éruption, une zone affectée par des effondrements depuis l’éruption de novembre 2002 au moins, très fragilisée, le magma ne demande qu’à monter vers la surface. Et ce ne sont pas les quelques dégoulinades de lave de ces dernières semaines qui ont calmé ses ardeurs : une fois de plus, aucune tendance au dégonflement du volcan n’est visible, il reste donc sous pression, prêt à reprendre du service.

 

Lundi 16 juin : L’enclos ouvert, la préalerte maintenue

 

La troisième phase éruptive du piton de la Fournaise en quinze jours a pris fin dimanche matin. La préfecture a décidé d’autoriser à nouveau l’accès du public à l’enclos, mais la vigilance reste de mise. Depuis plus de deux semaines, le volcan se donnait en spectacle à huis clos, plus aucun accès n’étant possible depuis le déclenchement surprise de l’éruption, le 30 mai. Les trois phases éruptives remarquablement brèves qui se sont succédé n’auront eu qu’une poignée de témoins privilégiés ou assez heureux pour observer le piton de la Fournaise depuis les airs. Plaisir rare et cher.

La réouverture de l’enclos, effective lundi à 17 h, constitue donc un lot de consolation puisque, hormis des fumerolles, voire des dégagements de vapeur, il n’y plus guère que le majestueux paysage du piton de la Fournaise à contempler. Mais ne faisons pas la fine bouche.

L’éventualité d’une nouvelle phase éruptive fait en effet partie des scénarios possibles des aventures du volcan. Un calme plat régnait lundi, mais l’équilibre au sein du massif du piton de la Fournaise reste néanmoins précaire, de l’avis des scientifiques. D’ailleurs, si l’alerte 2 (éruption en cours) a été levée par la préfecture, la préalerte (éruption possible, pour simplifier) reste en vigueur.

On peut donc à nouveau randonner dans l’enclos du volcan. Cependant, quelques remarques de bon sens doivent guider le comportement des visiteurs. Les dernières éruptions ont fragilisé un peu plus les parois du cratère Dolomieu (cratère principal) et les bords de son rempart, souvent entaillé de profondes fissures qui délimitent des pans entiers prêts à se décrocher. Il faut donc éviter de s’en approcher inconsidérément. Le sentier balisé en blanc par l’ONF évite d’ailleurs ces zones délicates, il faut s’y tenir, même s’il semble s’éloigner parfois de la trace la plus directe. Cette observation vaut particulièrement pour la zone sud-ouest du cratère Dolomieu, proche du théâtre des dernières phases éruptives.

Par ailleurs, l’accès à l’intérieur du cratère Dolomieu est interdit de façon permanente par un arrêté préfectoral datant de 1992, en raison notamment de l’instabilité des parois. En période de préalerte, il paraît peu avisé de s’engager dans une randonnée vers les cratères par mauvais temps, pour ne pas compromettre un éventuel retour précipité vers le pas de Bellecombe.

Enfin, il ne faut pas oublier que l’ascension du sommet du volcan, de difficulté classée moyenne pour des habitués de la randonnée, peut se révéler éprouvante pour des marcheurs occasionnels en raison du dénivelé (près de 600 m), de la forte pente et du terrain un peu ingrat. La température au lever du jour peut descendre en ce moment à 5°. Équipez-vous donc en conséquence et restez vigilant.

Le piton Kaf baptisé

 

Comme il est de coutume, l’observatoire volcanologique a décidé lundi de baptiser le nouveau cône volcanique qui s’est édifié dans le fond du cratère Dolomieu. Au fil des phases d’activité successives de ces quinze derniers jours, les 30 mai puis 4 et 13 juin, il a en effet atteint une taille qui en fait un élément remarquable du paysage et justifie ainsi de lui attribuer un nom. Le piton Kaf est donc né, “cratère cafre, cratère chéri, comme le rappelle l’histoire réunionnaise”, explicite l’observatoire, qui verse dans la poésie.

 

 

Dimanche 22 juin : 4ème PHASE ERUPTIVE.

 

Les scientifiques le pressentaient, le volcan leur a donné raison. Pour la quatrième fois en trois semaines la lave a jailli dans le cratère Dolomieu. Une éruption plus intimiste que les précédentes avec cependant de belles projections dans la nuit de dimanche à lundi et de superbes déroulés de coulées qui n’en finissent pas de tapisser le Dolomieu. Malheureusement dimanche et lundi le mauvais temps a gâché le spectacle et l’activité s’est maintenant ralentie mais le géant a de la ressource et n’a pas dit son dernier mot.

 

La météo, exécrable une partie de la journée de dimanche, n’a pas permis d’observations continues sur le site de l’éruption qui se poursuivait hier soir sans avoir l’air de décliner, sachant qu’hormis un épisode de projections qui a duré plusieurs heures dimanche soir, le piton Kaf et ses petites bouches adjacentes se contentaient de crachoter depuis l’après-midi. En revanche, de nombreuses petites coulées sont visibles dans le fond du cratère Dolomieu voire, comme hier matin, un chenal de trois mètres de large environ, la coulée sortant en tunnel une cinquantaine de mètres au nord-ouest du piton Kaf. Tous les environs sont tapissés de vastes dalles craquelées ou de laves cordées. L’accès à l’enclos du volcan est autorisé. En raison du froid et de la pluie, il est conseillé de s’équiper sérieusement ou d’attendre une amélioration de la météo, en espérant que cette phase éruptive durera un peu plus que les précédentes.

Texte : François Martel-Asselin

Avec l’aimable autorisation de notre partenaire Le Journal de l’Ile de la Réunion

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